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Ce à quoi les femmes enseignantes aspirent dans le Nord du Pakistan

Parmi les personnes qui font la navette entre leur domicile et leur lieu de travail, Jackson Kanani, principal adjoint dans une zone rurale, se fraie un chemin sur la route inondée pour atteindre l’école à Funyula Basia, au Kenya. Jackson, professeur á l’école primaire de Bukhwamba fait partie de ces enseignants qui affrontent les difficultés de devoir enseigner aux futurs universitaires, et futurs hommes et femmes d’affaire du Kenya. Certains professeurs parcourent jusqu’a 15 km par jour pour atteindre leur école et sont faiblement rémunérés pour leurs efforts. © 2006 Felix Masi, gracieuseté de Photoshare
Sarosarot montre aux filles où se trouve l’Inde sur le globe, à l’école du foyer d’accueil dans l’État de l’Uttar Pradesh. L’école reçoit environ 105 élèves, uniquement des filles, et 5 professeurs, qui apportent une instruction aux filles susceptibles de ne pas s’inscrire à l’école et d’abandonner prématurément leurs études. Les écolières assistent à des cours pendant un an, ensuite 95 pour cent d’entre elles accèdent aux grandes classes de l’école primaire. © Ami Vitale/ Photos de Panos (Version agrandie)

Les femmes qui enseignent dans le Nord du Pakistan sont confrontées à des obstacles culturels considérables. Une recherche menée par l’Université Aga Khan analyse les expériences que vivent les femmes qui tentent de construire leur carrière enseignante au sein d’une société patriarcale et la façon dont elles trouvent un équilibre entre leurs différents engagements.

Après l’indépendance en 1947, on considérait que l’éducation des filles était essentielle pour qu’elles apprennent leurs responsabilités familiales et pour les préparer aux professions traditionnellement féminines, comme l’enseignement. Cependant, la Politique d’Éducation Nationale (1998–2010) met aujourd’hui en avant l’éducation comme un droit égal pour les garçons et les filles.

Parmi les initiatives mises en place pour faire augmenter la participation des filles à l’école, l’on note le recrutement de plus de femmes enseignantes entre 1990 et 2000. Ainsi la proportion des filles est passée de 33,4 pour cent à 44,2 pour cent dans l’enseignement primaire et de 32 pour cent à 54,3 pour cent dans l’enseignement secondaire. Si l’augmentation de la participation des filles au secondaire est due au recrutement de plus de femmes enseignantes dans des établissements réservés aux filles, on peut attribuer cette croissance dans l’enseignement primaire au développement d’écoles mixtes. Les statistiques gouvernementales actuelles montrent qu’entre 2005 et 2006 les femmes représentent sur le plan national 36 pour cent des enseignants dans les écoles publiques. Les statistiques régionales restent quant à elles moins élevées, avec 28 pour cent dans les régions du Nord.

Dans les régions du Nord, l’enseignement est reconnu comme l’opportunité d’emploi la plus adéquate en dehors du travail agricole pour les femmes, parce que:

  • Les femmes sont en général affectées dans les écoles de leur propre communauté, ce qui réduit les occasions d’interagir avec des hommes.
  • Les journées courtes d’école permettent aux femmes de prendre leurs responsabilités domestiques, comme l’agriculture et l’élevage du bétail, tôt le matin et l’après-midi.
  • On considère l’enseignement, surtout au primaire et au premier cycle du secondaire, comme une activité qui est en accord avec le rôle familial et nourricier des femmes.

L’enquête montre qu’il existe des tensions entre engagements familiaux et aspirations professionnelles. Les femmes choisissent en général l’enseignement parce que les exigences de cette profession se concilient mieux avec leurs devoirs familiaux. Cependant, des membres de la famille sont parfois réticents au développement professionnel des femmes et les empêchent de travailler hors de la maison.

Certaines femmes réussissent à négocier un rôle double, en versant par exemple une partie de leur salaire dans la caisse commune du foyer, réduisant ainsi leur dépendance au bétail domestique, ou en profitant des week-ends pour accomplir des tâches agricoles plus onéreuses.

Il est aussi difficile pour les femmes de jouer un rôle de leader á l’école. Les défis professionnels qu’elles doivent relever sont nombreux, parmi eux:

  • lieu de travail et structures organisationnelles défavorables à leur présence. Par exemple: résistance au leadership féminin, absence de structures d’accueil pour les enfants et de moyens de transports
  • pratiques de leadership scolaire à dominance «masculines»
  • bureaux d’éducation régionaux situés trop loin pour que les femmes s’y rendent
  • réunions du conseil de direction qui se tiennent le week-end.

La formation des enseignants et les cours de leadership et de gestion scolaire ne peuvent pas, à eux seuls, assurer la participation des femmes enseignantes à la vie scolaire. Il faut mettre en place des stratégies. Par exemple:

  • La direction de l’école doit être préparée à sensibiliser les familles des femmes enseignantes á l’importance et la valeur du développement de leur carrière.
  • Les réunions scolaires et les activités de formation devraient se dérouler dans des lieux accessibles physiquement et culturellement.
  • Il faut établir des réseaux de femmes enseignantes et directrices d’école pour les encourager à créer des liens avec leurs collègues d’autres communautés.
  • Les programmes de formation des enseignants doivent aménager temps et espace pour que les enseignants hommes et femmes réfléchissent à leurs expériences et les partagent.
  • Les cours en gestion de l’éducation doivent inclure une composante de sensibilisation au genre.

Dilshad Ashraf
Aga Khan University, Institute for Educational Development, IED-PDC, 1-5/B-VII, F. B. Area Karimabad, PO Box No.13688, Karachi-75950, Pakistan
T +92 21 6347611-4
F +92 21 6347616
dilshad.ashraf@aku.edu

Voir aussi

Women Teachers' Experiences in the Northern Areas of Pakistan, unpublished doctoral dissertation, Ontario Institute for Studies in Education-University of Toronto, Canada, by Dilshad Ashraf, 2004

Gender & Education in Pakistan, Oxford University Press: Karachi, edited by R. Qureshi and J. F. A. Rarieya, 2007

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